Edito 2010
Le jazz, on n’en fera jamais le tour. Surprenant, déroutant, en perpétuel mouvement et renouvellement il est là depuis des générations sans jamais prendre une ride.

Le jazz est une musique éternellement adolescente, partagée entre la tradition dont il est issu, les rencontres et les surprises d'un devenir toujours relancé. Une musique aussi qui puise dans le réel son extraordinaire longévité, alors comment s'étonner que la plupart des artistes de cette édition, aient, pour une bonne part, des engagements marqués ? A commencer par ceux issus de la nouvelle scène tunisienne, Badiaa Bouhrizi et Bendirman, dont la voix se faisait entendre bien avant le 14 janvier.

Qu'ils mettent en chansons cet engagement, comme Otis Taylor dont le blues perpétue les souffrances du peuple noir ou la grande Luz qui avait réagi aux attentats de Madrid, ou qu'ils payent de leur personne comme Inna Modja pour les femmes africaines ou Radiodervish pour la paix, les artistes ne sont pas hors de la société civile. Les plus grands sont tout aussi impliqués et malgré un agenda très chargé, Branford Marsalis, se donne sans compter que ce soit pour des concerts de soutien, pour réformer les modes de transmission du jazz ou encore pour reconstruire un quartier des musiciens à la Nouvelle-Orléans.

Mais quel artiste n'a pas rêvé de changer notre vision du monde ne serait-ce que le temps d'une soirée ? C'est en cela que réside leur talent, transformer leur prestation en air connu, en refrain familier. Que leurs créations aient l'évidence des tubes comme celles de Hindi Zahra ou qu'elles semblent puisées à un fonds commun comme avec la pop de Julian Perretta ou la samba de Paula Lima ou encore le blues, version cuivres, de Boney Fields ou version rock, de Michael Burks, les musiciens sont dans le partage. On ne peut que les suivre, avec bonheur, quitte à se laisser entraîner sur les sentiers de traverse des petites musiques divergentes, comme celles de Joey Calderrazzo, de Franck Salis ou Triotonic. On peut aussi les entourer, les accompagner dans l'hommage qu'ils rendent à ceux qui les ont précédés et prendre part aux reprises, qu'elles soient tonitruantes comme celles de Earth, Wind and Fire des Al Mc Kay Allstars ou si délicieusement séduisantes comme celles de Stacey Kent.

Jazz music, we will never finish exploring it. Surprising, puzzling in permanent movement and renewal, it remained for generations but never got wrinkled.

Jazz is ever-young music divided between tradition, its cradle, as well as meetings and surprises of the coming future. It’s also music which draws its incredible vitality in real life… No wonder that the majority of the artists of this festival have, to a large extent, clear-cut commitment. Let’s start from the off-springs of a new Tunisian stage – Badiaa and Bendir Man, whose voices could be heard long before January, 14. Do they follow in the footsteps of Otis Taylor whose blues perpetuates sufferings of black people, or great Luz, who reflected attacks in Madrid in her creative work; or sacrifice themselves as Inna Modja for the sake of African women or as Radiodervish who struggles for peace? One way or another, artists always remain part of civil society. Despite hot schedule even the greatest make their contribution: Branford Marsalis, for example, always finds some time for charity concerts, for work over transformation of methods of Jazz presentation as well as for reconstruction of a district of musicians in New Orleans.


Any artist dreams of changing our vision of the world be it for one evening only. This is the essence of their talent: to transform their performance into a homelike atmosphere, familiar chorus. Irrespective of whether their works are obvious like songs by Hindi Zahra or seem to be taken from common legacy as pop by Julian Perretta or samba by Paula Lima or blues, versions with wind instruments of Boney Fields or a rock version by Michael Burks – musicians never remain uninvolved. You can only follow them, with joy, even if there are risks of getting on the unbeaten track of most diverse, unknown music, as, for example, music by Joey Calderrazzo, Franck Salis or Triotonic. You can be next to them, follow them as a sign of loyalty which they give back to their predecessors, and take part in their covers whether they are roaring like “Earth, Wind and Fire” by Al McKay Allstars or delightfully tempting as performances by Stacey Kent.